Le licite est évident et l’illicite est évident

An-Nou’man ibn Bashir (rad) dit : « J’ai entendu le Messager de Dieu (saws) dire : « Le licite est évident. L’illicite est évident. Entre les deux il est des choses qui suscitent le doute et que beaucoup de gens ne connaissent pas. Aussi, celui qui se garde des choses douteuses, a-t-il préservé, par la même, sa religion et son honneur. Et quiconque s’aventure dans les choses douteuses finit par commettre l’illicite. Tel le berger qui fait pâturer ses bêtes autour d’un enclos risquant d’y pénétrer. Or, tout souverain possède un domaine inviolable. Le domaine inviolable de Dieu correspond à ses interdits. Il y a certainement dans le corps un morceau de chair qui, s’il est sain, rend tout le corps sain ; mais, s’il est corrompu, tout le corps devient corrompu. Il s’agit du cœur » (rapporté par al-Boukhari et Mouslim).

Commentaire :

Ce hadith constitue l’un des fondements de la législation musulmane. Abou Daoud as-Sajistani dit : « L’islam tourne autour de quatre hadiths : le hadith d’an-Nou’man ibn Bashir : « Le licite est évident et l’illicite est évident », le hadith de ‘Omar : « Les actes ne valent que selon les intentions qui les animent », le hadith d’Abou Hourayra : « Dieu est bon  et n’accepte que ce qui est bon. Et dieu a prescrit aux croyants ce qu’Il a prescrit aux Envoyés de Dieu» et le hadith « Fait partie du bel islam de quelqu’un, le fait de délaisser ce qui ne le regarde pas » ».

L’imam Ahmed dit : « Les fondements de l’islam se résument à trois hadiths : le hadith de ‘Omar : « Les actes ne valent que selon les intentions qui les animent », le hadith de ‘Aïsha : « Quiconque apporte dans notre religion-ci une innovation qui lui est étrangère, son innovation doit être rejetée » et le hadith d’an-Nou’man ibn Bashir : « Le licite est évident et l’illicite est évident » ».

– « Le licite est évident. L’illicite est évident. Entre les deux il est des choses qui suscitent le doute et que beaucoup de gens ne connaissent pas. » : Il s’agit du licite pur qui ne suscite aucun doute et de l’illicite pur qui ne suscite aucun doute. Cependant, il y a entre les deux des choses qui suscitent le doute chez beaucoup de gens : sont-elles licites ou illicites ? Quant à ceux qui sont enracinés dans la science, elles ne présentent pour eux aucun doute et savent parfaitement dans quelles catégories elles se situent.

Le licite pur est ce qui est déclaré licite par un texte explicite. Exemple : « Vous sont permises, aujourd’hui, les bonnes choses. Vous est permise la nourriture des gens du Livre … » (la table servie : 5).

En plus du principe de la licéité originelle ; c’est-à-dire que toute chose est licite tant qu’il n’y pas de preuve l’interdisant. Dieu dit : « C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre » (la vache : 29).

L’illicite pur correspond à ce que la législation musulmane a interdit expressément, par exemple : « Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui d’Allah … » (la table servie : 3), « Allah a rendu licite le commerce et illicite l’intérêt » (la vache : 275).

Ainsi, l’illicite englobe toute turpitude, tant apparente que cachée, tout ce pourquoi Dieu a instauré une sanction « had », tout ce dont l’accomplissement entraîne une menace de châtiment dans l’au-delà, ainsi que les moyens illégaux de gains comme l’usure, les jeux de hasard …

Sachant qu’en matière de mariage et des chairs d’animaux, le principe est l’interdiction. Ainsi, si une femme avec qui un homme a été allaité, se trouve parmi d’autres femmes sans être formellement identifiée, les autres femmes lui sont interdites au mariage.

Par ailleurs, le Prophète (saws) a interdit au chasseur de consommer du gibier sur lequel il trouve la trace d’un flèche qui ne lui appartient pas, ou d’un chien qui n’est pas le sien, ou trouvé dans l’eau, car il ne peut s’assurer que la cause de sa mort est licite.

Le doute « shoubha » correspond à ce dont le caractère licite ou illicite n’est pas stipulé d’une manière explicite par les textes du Coran et de la Sunna, à l’instar de la consommation de produits dont la licéité suscite une divergence. Ceci concerne les essences existantes telles que le cheval, le mulet, l’âne ou certaines boissons, ainsi que le fait de porter certains habits dont la licéité suscite une divergence comme le vêtement fabriqué en peau d’animaux sauvages. Ceci concerne également les transactions.

En bref, Dieu a révélé Le Livre à Son Messager (saws). Il y a exposé à la communauté ce qu’elle doit connaître en matière du licite et de l’illicite. Dieu dit : « Et nous avons fait descendre sur toi le Livre, comme exposé explicite de toute chose » (les abeilles : 89). Moujahid (m 104H) et d’autres disent : « C’est-à-dire un exposé de tout ce qui leur est demandé de faire ou de ne pas faire »[1]. Dieu dit : « Et vers toi, Nous avons fait descendre le Coran, pour que tu exposes clairement aux gens ce qu’on a fait descendre pour eux » (les abeilles : 44). Dieu n’a repris le Prophète (saws) qu’après voir parachevé pour lui et pour sa communauté la totalité de la religion. C’est pour cette raison qu’Il révéla à Son Messager (saws) à ‘Arafat peu avant sa mort : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’islam comme religion pour vous » (la table servie : 3). Le Prophète (saws) dit : « Je vous ai laissé sur une voie claire et pure, de nuit comme de jour, ne s’en égare que celui qui est voué à la perdition » (rapporté par Ahmed et Ibn Majah).

Lorsque les gens doutèrent de la mort du Prophète (saws), son oncle al-‘Abbas dit : « Par dieu, le Messager de Dieu (saws) n’est mort qu’après avoir quitté la voie claire en définissant ce qui est licite et ce qui est illicite… »[2].

Ainsi Dieu et Son Messager (saws) n’ont rien laissé de licite ou d’illicite sans le définir. Mais, certaines de ces choses sont plus explicites que d’autres. Aussi, ce qui est explicitement défini et notoirement connu, faisant partie des éléments impératifs et essentiels à la religion, ne présente aucun doute. Nul ne serait sensé l’ignorer. Cependant, l’explication de certaines choses n’atteint pas ce niveau. Parmi ces choses, il y en a qui sont notoirement connues dans le milieu des savants, ces derniers les déclarent unanimement licites ou illicites, d’autres sont ignorés de certains gens qui ne font pas partie de ce cercle.

Il peut également exister des choses qui ne sont pas notoirement répandues dans le milieu des savants, ce qui les entrainera à diverger quant à leur caractère licite ou illicite et ce, pour plusieurs raison dont :

– Le texte auquel se réfèrent certains n’est pas très répandu. Seul un petit nombre de personnes l’ont transmis, il n’a donc pu parvenir à tous les savants.

– Deux textes sont relatés à propos de la même question, l’un prouvant le caractère licite et l’autre prouvant le caractère illicite. L’un des deux textes parviendra uniquement à une partie des savants auxquels ces derniers se tiendront. Ou alors les deux textes contradictoires parviennent au savant sans pouvoir déterminer leurs dates d’énonciation respectives. Le savant s’abstient donc de se prononcer étant donné qu’il n’a pu établir d’abrogation.

– Lorsqu’on est en présence d’un cas non-mentionné par les textes. Les savants auront alors recours à leurs efforts de réflexions personnels, ce qui entrainera une divergence de vue dans la mesure où ils n’ont pas tous la même compréhension et le même raisonnement.

– Le texte peut renfermer un impératif. L’impératif dans ce texte implique l’obligation ou la recommandation, l’interdiction ou la répréhension, ce qui donnera naturellement lieu à une divergence.

Bien évidemment les causes de la divergence sont plus nombreuses.

L’imam Ahmed définit le doute comme étant un niveau entre le licite pur  et l’illicite pur. Il dit : « quiconque s’en écarte, préserve ainsi[3] sa religion ». Parfois, il définit le doute comme le licite et l’illicite qui se mêlent.

Une question se déduit de ceci : comment se conduire avec une personne dont l’argent est un mélange de licite et d’illicite ?

– Si la majorité de ses biens est illicite. Selon l’avis de l’imam Ahmed, il faut l’éviter sauf si l’illicite est léger ou méconnu. Mais s’agit-il d’une répréhension ou d’une interdiction ? Il existe deux avis à ce sujet.

– Si la majorité de ses biens est licite : Il est permis d’avoir des transactions avec cette personne, comme il est permis de manger ce qu’elle propose de ses biens. En effet, le Prophète (saws) et les compagnons traitaient avec les idolâtres et les gens du Livre bien qu’ils savaient que ces derniers ne s’écartaient pas de tout ce qui était illicite.

– Si le cas présente un doute, le scrupule consiste à le délaisser. Sofiane ath-Thawri (m 161H) dit : « Ceci ne me plait pas, le délaisser m’est préférable »[4].

– Certains pieux-prédécesseurs permettent de consommer ce qu’offre la personne dont les biens contiennent de l’illicite tant qu’il ne s’agit pas d’une chose illicite en soi. Az-Zohri (m 124H) et Mak-houl (m 160H) disant : « Il n’y a pas de mal à en consommer tant qu’il n’est pas interdit en soi »[5]. C’est également l’avis de Foudayl ibn ‘Iyad (m 187H). Il est relaté d’une manière authentique qu’Ibn Mas’oud fut interrogé à propose d’une personne dont le voisin mange ouvertement les produits de l’usure (intérêts) et n’éprouve aucune gêne à posséder des biens illicitement, est-il permis de répondre à son invitation ? Il dit : « Répondez à son invitation. La félicité est pour vous, et le péché est pour lui ». Ce récit est authentifié par l’imam Ahmed mais celui-ci le contredit par une autre version d’après Ibn Mas’oud en question : « Le péché prédomine les cœurs »[6].

D’autre prédécesseurs partagent le premier avis d’Ibn Mas’oud dont Sa’id Ibn Joubeïr (m 95H), al-Hasan al-Basri, an-Nakh’i (m 96H), Ibn Sirin (m 110H) et d’autres.

Le Prophète (saws) dit : «  Aussi, celui qui se garde des choses douteuses, a-t-il préservé, par la même, sa religion et son honneur. Et quiconque s’aventure dans les choses douteuses finit par commettre l’illicite » : En matière des choses douteuses, le hadith divise les gens en deux catégories. Ceci concerne quiconque pour qui la chose est douteuse du fait qu’il ne le connaît pas. Par contre, s’il s’agit de quelqu’un la connaissant, qui suit ce à quoi a aboutit son savoir, il s’agit là d’une troisième catégorie non-mentionnée par le hadith étant donné son évidence. Cette catégorie est la meilleure des trois, car la personne est parvenue à connaître la loi de Dieu relative à ces choses douteuses pour les gens, et a suivi ce que lui a dicté son savoir.

Quant à ceux qui ne connaissent pas la loi de Dieu relative à cette chose douteuse, ils se divisent en deux catégories :

La première englobe ceux qui s’écartent de ces choses douteuses. Toute personne agissant ainsi a préservé sa religion et son honneur dans le sens où il a préservé sa religion, son honneur ainsi que l’honneur de sa famille de tout manquement et de toute source de honte.

Cela signifie que quiconque s’adonne aux choses douteuses expose son honneur au dénigrement et à la honte. Certains pieux-prédécesseurs disaient : « Celui qui s’expose au soupçon, ne doit pas en vouloir à celui qui le conjecture en mal ».

Dans une autre version de ce hadith rapporté par at-Tirmidhi, le Prophète (saws) dit : « Quiconque s’en garde (des choses douteuses) en vue de préserver sa religion et son honneur, ceci lui sera salutaire », cela signifie que les choses douteuses doivent être délaissées pour uniquement cette raison, à savoir, la préservation de la religion et de l’honneur, et non pas pour une mauvaise intention telle que l’ostentation ou autre.

Le hadith indique également que le fait de rechercher à préserver son honneur est aussi louable que de préserver sa religion et sa foi, c’est pour cette raison qu’on dit que ce qui est dépensé en vue de protéger son honneur est une aumône.

Dans une autre version de ce hadith rapporté par al-Boukhari : « Quiconque délaisse une chose qui lui semble douteuse de peur de commettre un péché, il délaissera à plus forte raison le péché lorsque celui-ci est évident ». C’est-à-dire : quiconque délaisse le péché alors que ce dernier n’est pas évident, il délaissera le péché à plus forte raison lorsqu’il sera évident. Ceci est le cas de celui qui délaisse la chose douteuse dans le seul but de s’écarter du péché. Quant à celui qui fait preuve d’un comportement artificiel face aux gens, il ne délaissera ce qui est douteux qui si les gens pensent que le fait de la délaisser est louable.

La deuxième catégorie englobe ceux qui se donnent aux choses douteuses en étant persuadés de leur caractère douteux.

Quiconque accomplit une action en étant convaincu de sa licéité mais que les gens pensent être douteuse, il n’aura fait aucun mal aux yeux de Dieu. En revanche, s’il craint que les gens le dénigrent à cause de cette action, il est bon de la délaisser dans le but de préserver son honneur. En effet, un homme vit le Prophète (saws) en compagnie de son épouse Safiyya, que Dieu l’agrée. Pour éviter tout malentendu, le Prophète (saws) lui dit : « C’est Safiyya Bintou Houyay » (rapporté par al-Boukhari et Mouslim).

Un jour, Anas se rendit à la mosquée pour la Prière du vendredi. Il vit que les gens l’avaient déjà accompli. Il fut pris de honte et entra dans un endroit pour éviter le regard des gens et dit : « Celui qui ne fait pas preuve de pudeur vis-à-vis des gens, ne peut faire preuve de pudeur à l’égard de Dieu »[7].

De même, il n’y pas de mal à faire quelque chose en étant convaincu de sa licéité soit par effort de réflexion « ijtihad », soit par imitation permise sauf si la personne l’a accomplit pour assouvir ses passions.

Par contre, quiconque s’adonne aux choses douteuses bien que leur caractère douteux s’est avéré chez lui, aura commis un acte illicite comme nous l’informe le Prophète (saws). Ceci s’explique de deux manières :

Première explication : La personne accomplit la chose douteuse, en étant consciente de son caractère douteux, ce qui l’amènera progressivement à commettre l’illicite dont le caractère interdit ne suscite pour elle aucun doute. Dans une autre version de ce hadith rapporté par al-Boukhari, le Prophète (saws) dit : « Quiconque  ose se donner à ce qui suscite le doute quant à son caractère illicite, finira bientôt par commettre l’illicite évident ».

Deuxième explication : Quiconque entreprend ce qui lui semble douteux ne sachant pas s’il s’agit d’une chose licite ou illicite, n’est pas à l’abri que la chose soit en effet illicite, et par conséquent, il aura commis un interdit sans en être conscient.

Les savants divergent à propos de cette question : l’homme doit-il obéir à ses parents en ce qui concerne une chose douteuse ? On rapporte que Bishr al-Hafi (m 227H) dit : « Il ne leur obéit pas dans ce qui est douteux ». D’après Mohamed Ibn Mouqatil al-‘Abbadani (m 236H) : « Il leur obéit ». L’imam Ahmed ne s‘est pas prononcé sur la question. Il s’est contenté de dire : « Il ménage leur sensibilité » en refusant de répondre[8].

L’imam Ahmed dit : « L’homme ne doit pas se rassasié d’une chose douteuse. Il ne doit pas acheter un vêtement – pour s’embellir –  d’une provenance douteuse. Par contre, il ne s’est pas prononcé sur la quantité de nourriture douteuse permise à la consommation, ni ce qui est permis de porter parmi les habits douteux. Il dit concernant la datte lâchée par un oiseau : « Il ne la mange pas, ne la prend pas et ne s’en approche pas »[9].

Ath-Thawri dit à propos d’un homme qui trouve chez lui de l’argent dont il ignore la provenance : « Je préfère qu’il s’en abstienne ». Certains prédécesseurs ne mangeaient que ce dont ils connaissaient la provenance. Ils ne cessaient de poser des questions à son sujet jusqu’à s’assurer de son origine. Un hadith est rapporté à ce sujet bien qu’il soit jugé faible[10]. En effet, Oummou ‘Abdillah, la sœur du compagnon Shaddad ibn Aws, a envoyé du lait au Prophète (saws) pour la rupture de son jeûne. Le Prophète (saws) lui renvoya la personne qu’elle lui avait envoyée avec le lait et demanda : « D’où tiens-tu ce lait ? » Elle dit : « D’une brebis que je possède ». Il lui renvoya à nouveau son émissaire et dit : « D’où te provient cette brebis ? » Elle dit : « Je l’ai acheté avec mon propre argent ». Il l’accepta alors. Le lendemain Oummou ‘Abdillah vint voir le messager de Dieu (saws) et lui dit : « Ô Messager de Dieu, je t’ai envoyé du lait par compassion étant donné la longueur de la journée et l’ardeur de la chaleur, mais tu l’as renvoyé avec l’émissaire ? ». Il dit : « C’est l’ordre que reçurent les prophètes: nous ne mangeons que ce qui est pur et ne faisons que ce qui est bien »[11].

Le Prophète (saws) dit : « Tel le berger qui fait pâturer ses bêtes autour d’un enclos risquant d’y pénétrer. Or, tout souverain possède un domaine inviolable. Le domaine inviolable de Dieu correspond à ses interdits ».

Le Prophète (saws) donne ici une illustration de quiconque s’adonne aux choses douteuses. Dans une autre version, il dit : « Je vais vous donner un exemple », puis il cita le reste du hadith.

Le Prophète (saws) compare les choses illicites aux domaines défendus et inviolables que les rois s’octroient en empêchant les gens de s’y approcher. De la même façon que les rois protègent leurs domaines en interdisant de s’y approcher, Dieu a rendu inviolables les choses qu’Il a déclarées illicites, et a interdit à ses serviteurs de s’y approcher. Dieu a donné à l’ensemble des ces interdits le nom de « limites » (houdoud). Ceci signifie que Dieu a défini aux gens ce qui leur est licite et ce qui est illicite pour eux. Ils ne doivent donc ni s’approcher de l’illicite ni outre passer le licite. Dieu dit : « Voilà les limites tracées par Dieu, ne les transgressez donc pas. Et ceux qui transgressent les limites établies par Dieu, ceux-là sont les injustes » (la vache : 229).

Le Prophète (saws) nous informe que le berger qui fait pâturer ses bêtes à la limite du domaine défendu, risque d’y pénétrer et faire pâturer ses bêtes à l’intérieur. De même, quiconque outrepasse le licite et s’aventure dans les choses douteuses, il se sera sensiblement rapproché de l’illicite et risque de commettre ce qui est interdit d’une manière claire et évidente. Ceci, indique qu’il faut obligatoirement s’écarter de l’illicite. Toute personne se doit de mettre une barrière qui la sépare de ce qui est interdit. Le Prophète (saws) dit : « L’homme ne peut aspirer à faire partie des pieux jusqu’à ce qu’il délaisse ce qui ne renferme aucun mal, de peur de commettre ce qui est mal »[12].

 Abou ad-Darda (rad) dit : « La plénitude de la piété consiste à ce que l’homme craigne Dieu jusqu’à le craindre au sujet de ce qui est du poids d’un atome, jusqu’à ce qu’il délaisse ce qu’il estime être licite, de peur qu’il soit illicite, mettant ainsi une barrière entre lui et l’illicite »[13].

Al-Hassan al-Basri dit : « Les pieux ne cessent de faire preuve de piété au point de délaisser un grand nombre de choses licites de peur de l’illicite »[14].

Ath-Thawri dit : « Les pieux furent appelés ainsi car il se sont préservés de ce dont on ne peut se préserver »[15].

Sofiane ibn ‘Ouyayna (m 198H) dit : « L’homme ne peut atteindre la vérité de la foi à moins qu’il ne mette une barrière entre lui et l’illicite, et qu’il ne délaisse le péché et ce qui lui ressemble parmi les choses douteuses »[16].

Les savants se réfèrent à ce hadith pour interdire tout moyen qui conduit à l’illicite. C’est le principe de précaution « sad adh-dhara-i’ ».

Ensuite, le Prophète (saws) dit : « Il y a certainement dans le corps un morceau de chair qui, s’il est sain, rend tout le corps sain ; mais, s’il est corrompu, tout le corps devient corrompu. Il s’agit du cœur ».

Cela indique que la bonté des œuvres accomplies par ses sens, son délaissement des interdits et son écartement des choses douteuses, sont en fonction de la bonté du cœur. Ainsi, si le cœur est bon, habité par l’amour de Dieu, par l’amour de ce que Dieu aime, par la crainte de Dieu et par la crainte de commettre ce qu’Il n’aime pas, les actions des sens seront bonnes, et cela entrainera le délaissement de toute forme d’interdit et la prémunition des choses douteuses, de peur de tomber dans l’interdit.

Par contre, si le cœur est corrompu, mauvais, dominé par l’assouvissement de ses passions, même si ceci est détestable à Dieu, toutes les actions de ses sens seront corrompues et se précipiteront vers toute forme de péché et de choses douteuses en fonction du degré de l’asservissement du cœur à ses passions.

C’est pour cette raison qu’on dit que le cœur est un roi, et les membres sont ses soldats obéissants. Aussi, si le roi est bon, les soldats seront bons, mais s’il est corrompu, les soldats seront également corrompus.

Par ailleurs, rien ne sera d’aucune utilité auprès de Dieu à l’exception du cœur sain. Dieu dit : « Le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui vient à Allah avec un cœur sain » (les poètes : 88 – 89).

Le Prophète (saws) disait dans ses invocations : « Je te demande un cœur sain » (rapporté par Ahmed).

Le cœur sain est le cœur pur de péché et pur de choses répréhensibles ; le cœur n’est habité que de l’amour de Dieu, de ce que Dieu aime, de la crainte de Dieu et de la crainte de ce qui éloigne de Dieu.

Le Prophète (saws) dit : « La foi de l’homme ne peut être droite que si son cœur est droit. Et son cœur ne peut être droit que si sa langue est droite » (rapporté par Ahmed). La droiture de la foi correspond ici à la droiture des actions accomplies par les sens. En effet, Les actions des sens ne peuvent être droites que si le cœur est droit. La droiture du cœur consiste à ce qu’il soit empli de l’amour de Dieu, de l’amour de l’obéissance à Dieu et de la répréhension des péchés.

Al-Hassan dit un jour à un homme : « Soigne ton cœur, car ce que Dieu attend des gens, c’est la bonté de leur cœur ». Or, les cœurs ne peuvent être bons que s’ils sont habités par la connaissance de Dieu, par Sa grandeur, par son amour, par sa crainte, par sa vénération, par la confiance en Lui, par l’espoir en Lui, au point d’en être empli. Ceci est l’essence du monothéisme ; le sens réel de « Il n’est de Dieu que Dieu ».

D’après Moujahid, le verset : « … ne Lui associez rien » (les bestiaux : 151) signifie : « N’aimez personne en dehors de moi[17] ».

Le Prophète (saws) dit : « Quiconque donne pour Dieu, s’abstient de donner pour Dieu, aime pour Dieu, déteste pour Dieu aura atteint la plénitude de la foi » (rapporté par Abou Daoud). Cela signifie que si les actions du cœur et des sens sont exclusivement vouées à Dieu, la foi de l’individu aura atteint la plénitude sur les plans externes et internes, sachant que la bonté des actes du cœur implique la bonté des actes des sens. Aussi, si le cœur est bon, ne contenant que la volonté de Dieu, voulant ce que Dieu veut, les sens se précipiteront vers ce que Dieu veut, vers ce qui procure la satisfaction de Dieu, et s’abstiendront de ce qu’Il déteste et de ce qu’il craint faire partie de ce que Dieu déteste, même s’il n’en a pas la certitude.

Al-Hassan al-Basri dit : « Je n’ai jamais regardé quoi que ce soit avec mes yeux, ni parlé avec ma langue, ni tendu la main vers quelqu’un, et je ne me suis jamais tenu debout sur mes pieds avant de me demander : est-ce pour une obéissance ou pour un péché ? Si c’est une obéissance je m’avance, et s’il s’agit d’un péché je recule ».

Mohamed ibn al-Fadl al-Balkhi (m 319H) dit : « Depuis quarante ans, je n’ai jamais fait un seul pas pour autre que Dieu ».

Lorsque les cœurs des ces gens sont devenus bons, s’attachant exclusivement à Dieu, leurs sens sont ainsi devenus bons. Aussi, ils n’agissent que pour Dieu et ne font que ce qui procure la satisfaction.

Moncef Zenati

[1] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/195

[2] « tabaqat » ibn Sa’d

[3] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » 1/199

[4] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » 1/200

[5] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » 1/200

[6] – rapporté par at-Tabarani

[7] – rapporté par at-Tabarani. Ibn Rajab le juge « faible ».

[8] – « jami’ al-‘ouloum wal-hikam » d’Ibn Rajab 1/206

[9] – « jami’ al-‘ouloum wal-kikam » d’Ibn Rajab 1/206

[10] – « jami’ al-‘ouloum wal-kikam » d’Ibn Rajab 1/206

[11] – Rapporté par at-Tabarani, Ibn Abi Hatim (dans tafsir Ibn Kathir) et Ibn al-Athir dans « ousd al-ghaba »

[12] – rapporté par at-Tirmidhi et Ibn Majah

[13] – « jami’ al-‘ouloum wal-kikam » 1/209

[14] – « jami’ al-‘ouloum wal-kikam » 1/209

[15] – « jami’ al-‘ouloum wal-kikam » 1/209, et Abou Nouaïm dans « al-hilya » d’après Sofiane ibn ‘Ouyayna.

[16] – rapporté par Abou Nouaïm dans « al-hilya »

[17] – dans le sens de placer l’amour de Dieu au-dessus de tout autre amour.

Cet article a été publié dans Havre de savoir le 8 février 2015

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