Entre ‘salafisme’ et ‘modernisme’ : le modernisme

Allah le Très Haut dit dans Son Livre : C’est ainsi que nous fîmes de vous une communauté du juste milieu afin que vous soyez modèles/témoins aux gens, tout comme le Prophète vous est modèle/témoin [2;143]. Nous poursuivons ici notre série d’articles sur la voie des justes inspirée par la parole de l’Envoyé d’Allah, paix et salut sur lui, : dans chaque génération, ce savoir [prophétique, authentique] sera porté par des gens justes qui le protègeront de l’altération des extrémistes, du laxisme des imposteurs, et de l’interprétation des ignorants [Al Bayhaqi, Sahih]. Après avoir analysé les qualités et quelques défauts observés dans certains courants de réforme salafis, nous allons aborder ce mois-ci le courant dit moderniste ou néo-moutazilite. Nous invitons nos lecteurs à se référer à nos précédents articles en ligne, pour une meilleure compréhension du sujet de ce mois.

Les modernistes

Ce courant a, pour sa part été séduit par les progrès scientifiques, les avancées technologiques et matérielles, ainsi que par les idées et doctrines nouvelles du siècle dernier. Il en veut également à l’islam folklorique des coutumes et des traditions imitées. Ce mouvement préconise aussi un retour aux Textes, mais à la lumière, du rationalisme, de la modernité et du contexte actuel. Outre quelques imposteurs [moubtiloun], parmi eux, pour qui l’Islam n’est qu’un héritage appartenant au passé, une Révélation faîte et adaptée au mode de vie des Arabes du VIème siècle, et qui ne peut aujourd’hui répondre aux problématiques contemporaines ou encadrer la vie du ‘musulman moderne’, les gens qui composent ce mouvement voudraient, que l’on ré-ouvre en grand les portes de l’ijtihad, prétendument fermées à la mort de l’Imam Ahmad. Ainsi tout intellectuel musulman, diplômé en sociologie, en philosophie ou autre, pourrait, librement, réinterpréter les Textes du Coran et de la Sounnah selon sa propre compréhension, et de préférence d’une manière qui irait dans le sens de la pensée en vogue. Or si nous sommes d’accord sur le principe qu’il est toujours possible d’interpréter les Textes, et sur celui de prendre en compte l’évolution du monde et des modes vie, il n’en reste pas moins que la raison seule, bien que nécessaire, n’est pas suffisante pour interpréter correctement les Textes ou en déduire des règles. Seul un savant, érudit, pieux, intelligent et versé dans les interprétations classiques, celles des pieux prédécesseurs [salaf], peut se livrer à ce travail, si tant est, que ses pairs, parmi les oulamas lui en reconnaissent la capacité et la faculté ! Le Prophète, paix et salut sur lui, a affirmé la prééminence des savants sur l’ensemble des croyants, tout diplômés qu’ils soient, en disant : Les savants sont les héritiers des prophètes, ils n’héritent pas d’eux de biens matériels (lit. Ni dinar ni dirham) mais reçoivent d’eux le savoir (religieux). Quiconque reçoit une part de cet héritage a certes reçu un don extraordinaire [Al Tirmidhi et d’autres : Sahih].Et cela confirme la Parole Coranique : Dieu élèvera ceux d’entre vous qui auront cru, et ceux qui auront reçu le savoir seront plus élevés encore [58;11].

Un autre défaut présent chez ce courant de « l’islam des lumières », tel qu’il aime à se présenter, consiste au nom des objectifs des Textes, à trop souvent vouloir abroger ou relativiser leur lettre ou leur mise en pratique. Or les juristes [fouqaha] ont bien établi que l’on ne peut abroger la prescription d’un Texte au nom de son objectif, que lorsque son objectif est mentionné clairement dans ce texte ou dans un autre texte ou qu’il fait parti des principes de base de l’Islam ou qu’un contexte de réel nécessité l’impose Voici les limites sacrées [houdoud Allah], ne les franchissez donc pas. Ceux qui transgressent les limites Divines sont certes injustes [2 ;229].

Une autre faille que l’on retrouve chez ces courants est le laxisme, en faisant preuve de souplesse et de tolérance dans les fondamentaux [oussoul], alors que ce principe de facilité ne peut être admis que dans des sujets secondaires [fourou’]. Ainsi, acceptent-ils parfois certains principes empruntés à d’autres doctrines sans toujours se rendre compte que ces idées sont en contradiction avec les principes de l’Islam ! La position du juste milieu consiste à étudier les doctrines et les philosophies humaines à la lumière de la Révélation, en approuvant ce qui va dans le sens de celle-ci, en tolérant ce qu’elle tolère et en rejetant ce qui s’y oppose. Le Prophète, paix et salut sur lui,nous met en garde et nous appelle à la vigilance lorsqu’il donne cette image : Les nœuds de l’Islam (ses principes) vont se dénouer les uns après les autres. Chaque fois qu’un nœud se dénouera les gens s’accrocheront au suivant [Ibn Hibban].

Le fait d’élargir le champ du halal, en rendant licite ce qu’Allah et son Prophète, paix et salut sur lui, ont interdit, à l’opposé de ceux qui étendent le champ du haram, en interdisant ce que les textes ne proscrivent pas, est un autre de leurs défauts. La position des gens du juste milieu, étant de considérer que toute chose est par nature licite, sauf ce qu’un texte explicite du Coran, ou authentique et explicite de la Sounnah est venu interdireEt cessez de mentir en disant : ‘Ceci est licite, et cela est illicite’. Certes, ceux qui forgent des mensonges en les attribuant à Dieu ne réussiront pas. Ce sera pour eux une piètre jouissance, mais un douloureux châtiment les attend [16;116-117].

Le dernier point qui mérite d’être critiqué chez les adeptes de ce courant est l’aptitude de quelques-uns d’entre eux à reléguer l’Islam au champ du seul culte [al ‘ibadat] en pensant à tort que l’Islam n’a pas son mot à dire dans d’autres domaines liés aux relations humaines [al mou’ammalat] tels l’économie, les rapports sociaux etc… Or ceci est souvent du à une ignorance des Textes et à une mauvaise compréhension de l’Islam et de la globalité de son message :Ce n’est point là un récit fabriqué. C’est au contraire la confirmation de ce qui existait déjà avant lui, un exposé détaillé de toute chose, un guide et une miséricorde pour des gens qui croient [12;111].

Les justes [al oudoul] se tiennent donc au juste milieu entre ces deux grands courants, que sont le salafisme et le modernisme, puisant dans les sources pures de l’Islam, que sont le Coran et la Sounnah, se montrant fidèles à celles-ci, respectant la lettre des Textes sans en oublier l’esprit, et les lisant à la lumière de la compréhension et de l’éthique des pieux prédécesseurs, notamment les fondateurs des quatre écoles, et en les confrontant à l’état des connaissances et du contexte actuel, pour nous permettre de vivre notre foi correctement, sans pour autant être en total opposition avec le monde dans lequel nous vivons ; car ceci pourrait avoir comme effet indésirable de nuire au message dont nous sommes porteurs et d’éloigner les gens du droit chemin.

Et Allah sait mieux !

Première parution : Alkahflejournal.com

Cet article a été publié dans Havre de savoir le 25 décembre 2014

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